Actualités universitaires

Avril 2017

En Allemagne, la question de l’intégration des réfugiés dans l’enseignement supérieur prend de l’importance compte tenu de l’évolution du nombre des étudiants concernés, même si les chiffres sont encore loin de ceux annoncés dans une réponse publiée au printemps 2016 par gouvernement fédéral à la suite d’une question posée par le groupe parlementaire des Verts au Bundestag. Il y a un an, le gouvernement fédéral disait en effet vouloir prendre des dispositions afin de pouvoir accueillir dans les établissements jusqu’à 70 000 réfugiés cherchant potentiellement à entamer ou continuer des études supérieures dans un établissement allemand entre 2016 et 2019. Or selon les chiffres d’une enquête publiés par la Conférence allemande des présidents d’université (HRK) en mars 2017, quelque 1 140 réfugiés sont inscrits pendant le semestre d’hiver 2016/17 dans un établissement d’enseignement supérieur allemand, tandis que 5 700 réfugiés se trouvent dans des dispositifs de préparation (linguistique et disciplinaire), créés dans la plupart des cas depuis 2014/15 dans les établissements et soutenus financièrement par les pouvoirs publics du Bund et des Länder, afin de pouvoir s’inscrire ultérieurement dans une filière d’enseignement supérieur. Il s’agit d’une augmentation sensible de 80 % par rapport au nombre de candidats réfugiés dans ces dispositifs pendant le semestre d’été de 2016. Plus des deux tiers de ce groupe visent une inscription en licence, un petit tiers vise une inscription en master. La majeure partie des candidats et des étudiants réfugiés déjà inscrits sont des Syriens. Si ces chiffres reposent sur des réponses fournies par les établissements ayant répondu à l’enquête de la HRK – la troisième de ce type depuis 2015 – et ne constituent donc pas des données statistiques pouvant prétendre à l’exhaustivité, car les établissements ne recensent pas automatiquement le statut de réfugiés au moment de l’inscription, ils donnent néanmoins une idée de l’évolution de cette problématique à laquelle les établissements sont confrontés (70 % des établissements au total et quasiment 100 % des universités, d’après une étude réalisée par le Stifterverband der deutschen Wissenschaft en 2016).

Il est cependant difficile de se faire une idée claire des différents dispositifs d’accueil et d’orientation[1] créés à l’attention des étudiants réfugiés, d’une part en raison de la diversité des situations locales, du degré d’investissement des différents acteurs – volontaires ou professionnels – (enseignants, étudiants, personnels administratifs, ou encore partenaires extra-universitaires), de la diversité des problèmes administratifs liés au statut juridique des étudiants concernés (demandeur d’asile, refugié avec un titre de séjour ou migrant en attente d’une décision définitive des autorités mais risquant le statut d’un réfugié seulement toléré faute de pouvoir être renvoyé dans son pays d’origine), à la reconnaissance des diplômes et certificats étrangers, ou encore au financement des études. Dans un premier temps, les établissements ont souvent accueilli les étudiants réfugiés comme « auditeurs libres » dans certains cours et/ou les ont intégrés aux cours d’allemand langue étrangère déjà existants, ne serait-ce que dans un souci de leur proposer un cadre et une occupation pour contribuer à structurer leur vie quotidienne après l’expérience souvent traumatisante de leur fuite. Progressivement s’est fait sentir entre les établissements le besoin d’échanger sur les bonnes pratiques en matière d’accueil et d’orientation, d’aider les personnels en charge des réfugiés par des conseils juridiques pour déterminer, de façon homogène au niveau national, les conditions d’accès aux études supérieures et les contenus des programmes d’accueil, mais aussi de définir, au sein de chaque établissement, les démarches administratives à suivre et les acteurs et niveaux de responsabilités à impliquer. À ce titre, des plateformes d’échange ont été créées au niveau fédéral par les institutions compétentes comme la HRK, l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF) et les ministères régionaux en charge de l’enseignement supérieur. De plus, des guides relatifs aux aspects juridiques de l’accueil des réfugiés dans les établissements du supérieur ont été publiés par des fondations (Fondation Robert Bosch, 2016) et le syndicat GEW (2015).

À cette problématique de l’intégration des réfugiés dans un cursus universitaire initial s’ajoute celle de la nécessité pour les établissements de proposer également de façon croissante à l’avenir des dispositifs de formation professionnelle et universitaire continue pour les réfugiés disposant déjà d’un diplôme d’enseignement supérieur obtenu dans leur pays d’origine. Selon les estimations du BAMF de 2016, quelque 13 % des réfugiés sont dans ce cas. Comme le fait remarquer Horst Hippler, président de la Conférence allemande des présidents d’université, ces diplômes sont cependant susceptibles de ne pas garantir dans tous les cas une insertion automatique sur le marché du travail allemand. Les établissements universitaires, tout comme d’autres institutions de formation professionnelle continue et les institutions de formation des branches professionnelles, sont appelés à concevoir de tels programmes – sur mesure – pour ces publics disposant souvent déjà d’une expérience professionnelle.

Werner Zettelmeier


[1] À ce titre, une étude réalisée par des chercheurs de l’université de Hildesheim, avec le concours financier de la Stiftung Mercator, propose un éclairage de la situation dans neuf établissements allemands : cf. Hannes Schammann, Christin Younso : Studium nach der Flucht? Angebote deutscher Hochschulen für Studieninteressierte mit Fluchterfahrung. Empirische Befunde und Handlungsempfehlungen, Universitätsverlag Hildesheim, Hildesheim, 2016, 64 p.

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